mardi 22 mai 2012

Instant

J'ai vu le temps qui s'étalait, qui s'effaçait, qui s'enfuyait.
Il s'est abattu en raz-de-marée, au ras de la terre, au rez-de-chaussée.
Il a pris ses aises, il s'est invité, et il est resté.
Pourquoi êtes-vous resté, Monsieur le Temps?
Vous voici chez moi depuis bien trop longtemps.
Cela l'amuse, peut-être, le temps, de me distraire -
Et puis après tout, je le laisse bien faire!
Il est là dans ma chambre, il est las de m'attendre.
Il me dit que je dois grandir, que je dois aimer...
Que je vais mourir.
Je voudrais dire que des sanglots pleurent dans mon coeur,
Que je défaille et que mes entrailles tailladées de regrets font comme des meurtrissures d'amertume,
Que ma peine se change en haine,
En rage écarlate.
Mais je suis là et je ne suis rien,
Le temps passe, il lisse ma peau, il glisse contre mes os.
Il est mon voisin, mon hôte, mon fantôme.
Toutes les nuits il cesse d'être
Pour le matin réapparaître.
Il attend.
Il m'attend.
Il guette chaque moment et, à sa mesure, je quête le moindre
Instant.

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